Cheese Museum
Exposition monographique
du 4 février – 16 juin 2022
Centre d’art contemporain de Châteauvert
460, chemin de la Réparade
83670 Châteauvert

Nicolas Boulard, né en 1976 à Reims, a fait ses études à l’école supérieure des arts décoratifs de Strasbourg d’où il sort diplômé en art en 2002. Il rejoint ensuite le Collège Invisible, post-diplôme en réseau de l’école des Beaux-Arts de Marseille. Son travail artistique a été présenté dans plusieurs expositions personnelles en France (Frac Champagne-Ardenne, Frac Alsace, Frac Aquitaine, centre d’art la Halle des bouchers) et à l’étranger (Moma de San Francisco, Machine Project à Los Angeles, S-air au Japon). Il vit à Clamart, en Île de France.

Depuis près de 20 ans, cet artiste développe une pratique protéiforme et singulière. Doté d’une parfaite connaissance des règlementations du monde du vin, c’est en authentique spécialiste que l’artiste a transgressé les normes traditionnelles de production en plantant un vignoble dans une remorque (Clos Mobile 2009), en produisant un millésime fantôme du célèbre grand cru de la Romanée Conti (DRC 1946, 2007) ou en récoltant du raisin dans les supermarchés de Reims pour produire un Grand vin de Reims en 2006. Par ces gestes iconoclastes, l’intention est de produire de nouvelles formes. Depuis 2010, il travaille sur un projet intitulé Specific Cheeses, une étude sur la similitude des formes du Minimal Art et des fromages. Cette recherche artistique s’est développée sous la forme de performances avec la confrérie Specific Cheeses, de conférences (Cheese Theory et Cheese Analyse) et d’éditions avec les fanzines Specific Cheeses qui compilent dans 12 numéros une anthologie de la représentation du fromage dans les arts du Moyen-âge à nos jours. Que ce soit dans ces projets sur le vin, le fromage ou le pain, c’est en pleine conscience des enjeux environnementaux actuels que l’artiste a coopéré avec des personnalités engagées dans des pratiques naturelles et respectueuses des écosystèmes.

Nicolas Boulard réalise des sculptures et des installations en as- semblant des références du Minimal art et de l’art conceptuel avec des matériaux organiques issus, pour la plupart, de productions alimentaires. Ses œuvres perturbent, avec beaucoup d’esprit, l’esthétique aseptisée du minimalisme américain en s’inspirant des formes structurées issues du fromage, du vin ou du pain. Son travail se caractérise par l’appropriation de matières issues de fermentation pour produire une œuvre atypique et unique : la fermentation est le passage d’un état à un autre où l’action de micro-organismes comme des levures modifie irréversiblement la nature originelle d’une matière. Ce processus de transformation est autant une source d’inspiration qu’une méthode de travail. Par des découpes de bois ou de feutre, des impressions sur papier en grand format, des moulages en plâtre ou en bronze, ses œuvres rendent comptent d’un processus en cours. En s’inspirant d’éléments prélevés dans son environnement quotidien et dans l’histoire de l’art, ses œuvres prennent une apparence incertaine, comme prises dans un état intermédiaire. L’esthétique géométrique perturbée par l’utilisation de matières vivantes nous rappelle que l’art est une pratique de la transition.

Par l’utilisation de matériaux naturels comme le feutre ou le bois, ses œuvres permettent d’isoler des concepts forts et nous font vivre une expérience particulière. Sa pratique artistique place le spectateur dans une situation ambiguë avec l’œuvre : que ce soit face à l’extravagance ornementale d’une tapisserie réalisée à partir de l’image du penicillium se diffusant dans une tranche de roquefort (Penicillium #1 et #2) ou à la disposition étrange des cavités dans la mie de tranches de pain démesurément agrandies et soigneusement découpées dans des planches de bois de peuplier (Pain #1 et #2). Ces assemblages s’apparentent aux grotesques qui, à différentes périodes de l’histoire de l’art, ont intrigué en mettant en avant un goût de l’hybridation, de la métamorphose et du caricatural.

Pour son exposition intitulée Cheese Museum au centre d’art de Châteauvert, Nicolas Boulard a souhaité regrouper des œuvres récentes. Le partie pris d’une scénographie muséale immerge le visiteur dans un environnement structuré par des œuvres de grand format, des sculptures et une sélection d’objets provenant des collections du Mucem. Dans le sillage des musées d’artistes comme celui de Marcel Broodthaers ou de Martin Kippenberger, le Cheese Museum est une institution temporaire, une exposition vivante au développement organique dans laquelle se croisent des œuvres, des formes et des idées. Un espace où les individuations se construisent.

Born in 1976 in Reims, Nicolas Boulard studied at the École supérieure des Arts Décoratifs in Strasbourg, where he graduated in arts in 2002. He then joined the Collège Invisible, networked post-graduate studies at the École des Beaux-Arts in Marseille. His artistic work has been displayed in several solo exhibitions in France (Frac Champagne-Ardenne, Frac Alsace, Frac Aquitaine, the art center la Halle des bouchers) and abroad (Moma in San Francisco, Machine Project in Los Angeles, S-air in Japan). He lives in Clamart, in Île de France.

This artist has been developing a protean and unique practice for about twenty years. Endowed with a perfect knowledge of the world of wine regulations, he as a genuine specialist has transgressed the traditional production standards by planting a vineyard in a trailer (Clos Mobile 2009), by producing a ghost vintage of the Romanée Conti’s famous great vintage (DRC 1946, 2007) or by harvesting grapes in the supermarkets in Reims to produce a Grand Vin de Reims in 2006. Through these iconoclastic gestures, he aims at producing new forms. Since 2010, he has been working on a project entitled Specific Cheeses, a study on the similarities between the minimalist art’s shapes and the cheeses’ forms. This artistic research has been developed through performances with the Fraternity of Specific Cheeses, lectures (Cheese Theory and Cheese Analyse) and publications with the Specific Cheeses fanzines whose 12 issues collate an anthology of the representation of cheese in arts from the Middle Ages to this day. Whether with these projects on wine, cheese or bread, the artist has been fully aware of the current environmental issues as he has been cooperating with figures involved in natural and ecosystem-based practices.

Nicolas Boulard creates sculptures and installations by bringing references from minimalist art and conceptual art together with organic materials mostly coming from food production.
His artworks wittily disrupt the aseptic aesthetics of the American minimalism, inspired by the structured shapes of cheese, wine or bread. The appropriation of materials from the fermentation is characteristic of his work and produces a unique and uncommon work: the fermentation is the transition from one state to another, in which the effect of microorganisms such as yeasts irreversibly alters the original nature of a material. This transformation process is as much a source of inspiration as a working method. Through wood and felt cutting, prints on large format paper, plaster or bronze casts, his artworks reflect an ongoing process. Based on elements collected in his daily environment and in history of art, his works take on an indeterminate appearance, as if caught up in an intermediate state. The geometric aesthetics disrupted by the use of living matter reminds us that art is a practice about transition.

With the use of natural materials such as felt or wood, his works convey powerful concepts and give us a special experience. His art practice puts the viewer in an ambiguous situation with the work: whether facing the decorative extravagance of a tapestry made from the image of penicillium diffusing into a slice of Roquefort blue cheese (Penicillium #1 and #2) or the strange arrangement of the holes in the crumb of oversized bread slices and carefully cut in poplar wood boards (Pain #1 and #2). Such assemblies are akin to the Grotesques which, at different times of history of art, have intrigued by highlighting a taste of hybridization, metamorphosis, and caricature.

For his exhibition called Cheese Museum at the arts centre of Châteauvert, Nicolas Boulard wants to bring together his recent works. The choice of a museum scenography immerses the viewer into an environment structured by large format works, sculptures, and a selection of objects from the Mucem’s collections. In the wake of artists’ museums such as Marcel Broodthaers’ or Martin Kippenberger’s, the Cheese Museum is a temporary institution, a living exhibition with an organic development where works, shapes and ideas intertwine. A space where the individuations are forging.