Toast I


L’Angélus


Bronze – Camembert


Situations de vallées


Stilton


Tartine II


Nuancier

Nuancier mélancolique


Bleu du ciel


Tartine


Anatomies domestiques


Golden Cheese – Emmental


Horisont


Papier Pain


Tout va bien – Anne+


La Loire


Bleu


La pomme tombe là où elle peut


Fanzine Specific Cheeses #11


Fanzine Specific Cheeses #12


Bibliothèque


Bibliothèque S/Z


Bibliothèque Théorie de la démarche


Bibliothèque Séraphita


Specific Cheeses – Merle Rouge


Specific Cheeses – Tomme de la Chalotterie


Specific Cheeses – Coulommiers


CuSo4


Specific Slices I


Specific Slices II


Fanzine Specific Cheeses #9


Fanzine Specific Cheeses #10


Les Arques


Gruyère


Camembert


Antipodes


La Manche – Fécamp


Colonne – Pouligny


Colonne – Valençay


Colonne – Pouligny


Océan Atlantique Nord, Biarritz


Golden Cheese


The Quiet Man – Galerie Eva Meyer


Specific Cheeses – Rossigny


Specific Cheeses – Boulettes d’Avesnes


Fanzine Specific Cheeses #7


Fanzine Specific Cheeses #8


Rhône


Antipodes


Lac Léman, Genève


Nuancier du Rhône


La dynamique des isoplèthes – La halle des bouchers


Cuve mélancolique #1 – d’après Albrecht Dürer


Cuve mélancolique #2 – d’après Alberto Giacometti


Cuve mélancolique #3 – d’après Tony Smith


Critique du raisin pur – Frac Aquitaine


Fresque


Fanzine Specific Cheeses #5


Fanzine Specific Cheeses #6


Specific Cheeses – Bleu de Gobet


Clos Mobile – Macval


Fanzine Specific Cheeses #3


Fanzine Specific Cheeses #4


The Cheese Museum – galerie laurent mueller


Specific Cheeses – Castelmagno


6 plans de découpe


Formages


Fanzine Specific Cheeses #1


Fanzine Specific Cheeses #2


Specific Cheeses – Cowgirl


Specific Cheeses – Emmental


Clos Mobile – Parc Saint-Léger


The rule of cool – CACC Clamart


Agroglyphes


Les variables obsolètes – Vent des Forêts


La suspension d’incroyance – Frac Alsace


Specific Cheeses – Brie


Diagonale du fou


Specific Cheeses – Chavignol


Specific Cheeses


Clos Mobile – Piacé le Radieux


The French Paradox


Clos du Frac – Frac Alsace


Clos Mobile – Château d’Avignon


Clos Mobile – Micro-Onde


The Diagonal of International Drunkeness


Clos Mobile


Retournement de situation


Bodegon


A Chemical Primary Picture


Fragments


Fragments


DRC 1946


Nuancier finement boisé


Tout va bien


Grand vin de Reims


H2O


Blind Computer


Diagonale


Journal de la route des vins d’Alsace


Nuancier


Grands Crus de Grand Cru


Commode


Cuvée 2001


Bibliothèque


Wannehain


Recueil de Prières

Une cuisine spécifique

Mouche drosophile, pommes en suspension, bouteille retournée sur le coin d’une table, jeux de discorde, machines célibataires qui n’ont l’air de rien, fausses cuvées, vraies cuvées, plantations, brouettes, monceaux de terre, remorques de fortune reconverties en centres d’art, bulles de savon ou de vin, découpes de ciel et de nuages, trajets au long cours, chocs et réparations… On pourrait poursuivre la liste, car il suffit de se promener dans le travail de Nicolas Boulard pour que les évidences poétiques fassent événement, à condition d’accepter de se laisser séduire par une forme de transgression des règles et des appellations, un renversement de tout ce qui est engoncé dans un système de normes que l’on ne questionne plus. Ainsi, le travail le plus marquant dans cette remise en question de l’héritage est réalisé à partir des pratiques viticoles que l’artiste connaît bien, étant lui-même fils de vignerons producteurs de Champagne. Il y va d’une révolte sophistiquée, d’une diversion face aux données initiales, a priori incontestables. L’artiste se fait faussaire, en 2007, avec des magnums de Romanée-Conti, cuvée 1946, millésime du vin si prestigieux qui n’a jamais existé, présenté en une pyramide de bouteilles. Mais, le rapport au vin est aussi un embrayeur d’écriture, par exemple dans le Journal de la route des vins d’Alsace (2004), où il s’agit de partir à la recherche des grands crus alsaciens tout en consignant les impressions du voyage, jalonné par une critique des dérives consuméristes, une distance ironique sur les savoir-faire, et le désir persistant d’une réinvention des goûts. Plus récemment, avec les Cuves mélancoliques (2016), le vin côtoie l’histoire de l’art : trois cuves en inox, polyèdres miroitants et rutilants, apparaissent dans l’espace de manière énigmatique jusqu’à ce que l’on en saisisse la référence à la gravure Melancolia de Dürer.
Quelque chose est crypté, et l’on en vient à se demander si le vin est triste. C’est aussi comme cela que nous pouvons passer du vin au fromage. Qu’est-ce que Specific Cheeses ? Une entreprise qui tient aussi bien de l’humour, de l’absurde existentiel, que de la posture disqualifiante. En un mot : le fromage sert à déranger la ligne, à déclasser les savoirs. Qu’elle prenne la forme de performances collectives ritualisées (où les confrères sont invités à une procession, munis de la dernière fournée de fromages inspirée de la géométrie de Sol LeWitt), ou de la parution de Fanzines (pour lesquels l’artiste demande aux contributeurs des indices de la présence fromagère dans tous les champs de la création humaine), la nébuleuse crémeuse et affinée devient alors l’agencement subversif et érotiques d’une forme informe. Dans le N°10 de Specific Cheeses, Picasso se retrouve à côté de Roland Barthes, Ed Ruscha à côté des compères Picabia et Duchamp, pendant que Pierrot le Fou se taille une tranche d’emmental recouverte de tapenade. Il y va, ici, d’une forme de non-savoir prenant néanmoins la forme d’une encyclopédie impossible, machinerie infinie aux rouages multiples. La cuisine de l’artiste est décidément « spécifique », comme celle de Donald Judd et du Minimalisme, au sens de révélante, prenant en considération un contexte pluriel.
Derrière toutes les œuvres de Nicolas Boulard, une inquiétude persiste, comme une alerte ironique, un pas de côté pointant du doigt là où ça fait mal. C’est en cela que son positionnement est une écologie, manière d’ouvrir la géographie en adoptant une éthique subjective. Il s’agit d’arpenter des territoires, de décloisonner les pratiques et les gestes. Dans le livre Rhône (2017), on peut lire, comme un manifeste : « De l’art minimal brut tel que le définissait Erik Dietman. Des matériaux bruts, prélevés sur les lieux. Faire de l’art avec sa tête, avec ses pieds. Être. Le sens du lieu. Le là. Déplacer le lieu, être mobile et aller sur le terrain. Y aller ».
Léa Bismuth